04.09.2008

Les nouveaux convertis

Fdesouche est un site communautaire, s’adressant aux Français dits de souche. Il est ouvert aux commentaires et est le plus fréquenté du genre sur Internet. Il diffuse aussi un grand nombre de réactions d’internautes. Il permet donc de prendre le pouls des sympathisants sur de nombreux sujets. Récemment y a été publié un article sur le phénomène du « Virage d’opinion ». Les lecteurs sont invités à y expliquer leurs parcours : "Virage d’opinion : Témoignez".
L’article est intéressant de par le nombre de réponses et l’intérêt qu’il a suscité. Il n’est cependant peut-être pas représentatif de l’ensemble des lecteurs du site et encore moins des personnes de la « mouvance » dont il partage certaines idées. D’ailleurs, curieusement, les personnes ayant répondu ne semblent pas être les commentateurs réguliers du site.

Les quelques lignes qui suivent essayent d’analyser brièvement les motivations des personnes ayant répondues à ces simples questions. Cette analyse est partiale, faite du point de vue d’un militant « du milieu » qui n’a aucune prétention à l’objectivité. Elle est néanmoins dénuée de jugement moral et de valeur.

D’où viennent ces personnes et peut-on dégager des profils types ? Qu’est ce qui peut amener ces personnes diverses à ces idées ? Ont-il un vécu commun ? Quels sont les canaux de recrutement ?

La première chose à noter, c’est le nombre important de témoignages et la longueur de ceux-ci, alors que par ailleurs la majorité des messages sur les autres sujets sont généralement courts. Ensuite, le sentiment d’une libération, d’un Coming-Out est prégnant chez la plupart d’entre eux. Victimes de la pensée unique, du conditionnement médiatique et de la nouvelle morale officielle droitdelhommiste, ils ont longtemps eu peur du qu’en dira-t-on, allant pour certains jusqu’à dissimuler à leurs proches leurs opinions et à créer un véritable tabou autour d’elles (« je l’étais déjà mais je n’osais me l’avouer »).

Pour beaucoup, en venir à ces idées était le dernier recours. Ayant épuisés toutes les autres doctrines dominantes possibles et imaginables ; croyant sincèrement pour beaucoup au vivre ensemble républicain, au métissage et à l’intégration bla bla bla ; c’est par élimination (chacune de ses idées n’étant plus crédible face à la réalité quotidienne) qu’ils en arrivent « logiquement » à une remise en cause complète de leur schéma de pensée. Venant pour beaucoup de « Gauche » (terme vague qui est surtout synonyme ici du « camp du bien » et est associé à des valeurs altruistes et gratifiantes dans la novlangue du système), ils en sont les déçus et les exclus.

Ce qui frappe par ailleurs c’est que tous ne semblent être que des « cas particuliers ». Pour la plupart,  les parcours ne sont pas linéaires. Les concernés n’en viennent ainsi que très peu à ses idées par des effets structurels (en faisant partie d’une association par exemple).

Enfin, le nombre d’agressions et la violence subies (ce fumeux fantasme d’insécurité d’après les tenants du système) et leur importance symbolique sont une cause majeur de changement. La réalité en pleine face étant un vaccin autrement plus sûr que les beaux discours. La conceptualisation vient dans un second temps, aidé par des lectures ou par la découverte de personnages « atypiques » (Eric Zemmour et Alain Soral sont cités plusieurs fois)  ayant accès aux medias officiels (qui sont pourtant dénigrés et appelés à être boycottés paradoxalement).
Y a-t-il eu un élément déclencheur qui les a fait « basculer » ? Est-ce une démarche mûrie ou un coup de tête ?

Les deux démarches se mêlent. Si une situation grave ou extrême peut être un déclencheur, un long cheminement personnel est toujours présent chez chacun. Par exemple, le choc du 21 avril 2002 cité plusieurs fois a été pour beaucoup le déclic final d’une réflexion ou le point de départ d’une remise en cause. Particularité relativement récente : nombreux sont ceux qui ont cherché à se renseigner et assouvir leur quête du Graal via Internet. Le media offre à la fois un anonymat utile dans le cas présent et un accès plus facile à des idées non représentées ailleurs.  


Quel avenir pour tous ?

L’isoloir et le vote semblent pour la majorité l’aboutissement de leur démarche. Trop peu évoquent la volonté d’un engagement autre (pas d’associatif ? pas de métapolitique ?). Bien que nombre d’entre eux augurent un avenir sombre pour leur peuple, ils semblent continuer de privilégier une voie purement électorale pour sortir le pays de la crise.

L’engagement est alors purement intellectuel et de principe mais sans réelle portée concrète. Quel débouché pour le seul vote quand un parti électoraliste réunissant plusieurs millions de voix n’a pu conquérir des parcelles de pouvoir par cet unique biais durant 30 ans et n’a pas pu influé concrètement sur la vie des gens qu’il veut représenter (du moins la mienne pour commencer) ?

Un internaute parle même d’aigreur. Il peut en effet être frustrant pour des personnes ayant acquis une conscience politique de ne pas trouver de place pour s’engager et d’horizon vers où se projeter. Il faut donc continuer à montrer que des initiatives se montent, que des projets se structurent et peuvent permettre à tous de trouver leur place. Il faut permettre à chacun de pouvoir s’investir, selon ses envies et ses passions, sans étiquette partisane.

Il est aussi vital de reconstruire le lien social, et de développer un fort maillage de la société pour permettre l’offre d’un large éventail de portes d’entrées à toutes ces personnes atomisées. Combien se sentent isolées et racontent leur soulagement de trouver enfin des personnes pensant comme eux ? Ces mêmes personnes qui en étaient venues à se demander peu auparavant si ils n’étaient pas des extra-terrestres.

Enfin, l’entrée en politique vient souvent d’un dégoût ou d’une déception et rarement d’un évènement positif (sauf exception notable de personnes racontant y être venus après avoir étudier en détail l’histoire de leur peuple). Comment transformer ces déceptions légitimes en quelque chose de positif et de moteur pour le combat? Et basculer d’un front des « anti », d’une armée de déçus à un peuple de « pour ». C’est peut-être l’étape suivante à penser.

 Frédéric Robillard

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