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12.10.2007

Tigre en Papier, Olivier Rolin

edec214231d03f766a5c75c0bdabbb5e.jpgLes meilleurs bouquins ont rarement le Goncourt. Règle respectée : publié en 2002, Tigre en Papier est une sorte de road-movie banlieusard où un type raconte à la fille de son défunt camarade ses souvenirs de militants au sein de « la Cause », organisation maoïste de la fin des années 60. Le voyage nous emmène des caves enfumées de la banlieue sud où se fomentaient, dans une odeur mêlée de café froid et de l’encre des tracts imprimés à l’ancienne, les activités subversives de « la Cause », jusqu’en Indochine où la Guerre du Peuple s’efface devant la recherche du père, lieutenant colonial. Un voyage romantique d’honneur, de fidélité, d’amitié, où la tentation nostalgique côtoie le cynisme et l’autodérision. Une histoire d’éternels adolescents désenchantés mais lucides et fiers de leur jeunesse militante (avec une forte haine des révolutionnaires en pantoufle, des intellos). Beaucoup veulent changer le monde, beaucoup sont finalement changé par ce monde. Olivier Rolin n’est définitivement pas de ceux-là, contrairement à quelques uns de ses anciens camarades de la Gauche Prolétarienne (dont « la Cause » est l’avatar littéraire) tels Gérard Miller ou Serge July…

En plus de s’écarter de la médiocrité littéraire ambiante, ce roman (dont Céline n’aurait pas renié le style) nous rappelle qu’il existe souvent bien plus de similitudes entre deux combattants de camps rivaux, qu’avec n’importe quel bourgeois frileux, attentiste.

Quelques citations :

« Faire la Révolution, ce n’était pas tellement préparer la prise du pouvoir, c’était plutôt apprendre à mourir. »

« Tu es, tu as toujours été pour l’alliance de l’ancien et du nouveau, tu ne vois pas tellement de différence, au fond, entre Jeanne d’Arc et Louise Michel. »

« Le bidonville, c'étaient tous des prolos marocains et algériens qui bossaient à Chausson ou à Simca-Poissy, des types magnifiques, graves et réservés, solennels et généreux, rien à voir avec la petite pègre d'aujourd'hui. Là tu vois que la fille de Treize a un haut-le-corps. C'est vrai tu avais oublié, c'est de son âge, elle est toute farcie de l'idéologie des bourgeois branchés, les «jeunes des cités », dits plus simplement les «jeunes », c'est sacré, de la pure victime, ça a beau jouer du couteau et du pitbull, dealer et racketter, violer, brûler des synagogues, terroriser profs et prolos, c'est de l'hostie consacrée, oui, l'Agnus Dei des « bobos ». Autrefois quand on était marxistes, dis-tu à la fille de Treize, pas progressistes, pas humanitaires pour deux sous, on appelait cette engeance du lumpen-prolétariat, ça voulait dire à peu près la même chose que nervis, hommes de main, indics, SA, miliciens, de la main-d'œuvre à terreur, de la valetaille de dictatures. On ne se sentait pas obligés, mais alors pas du tout, d'admirer le lumpen »

« L’embrouille : cet art populaire qui mêle la tchatche à la castagne. »

« C’est étrange, même monstrueux, mais cette méfiance vis-à-vis de la beauté, prélude à la haine de la beauté, était une lèpre morale dont nos esprits étaient infectés. »

« Moi, si je faisais de la politique, j’inscrirais l’autorisation du duel dans mon programme, et même l’encouragement au duel. »

« La Révolution, son cortège d’assassinés « frappés, assommés, enchaînés dans les bagnes », comme disaient les paroles de l’Appel du Komintern, au fond c’était sans doute par ce coté tragique qu’elle t’avait séduit. Rosa, le Che. Quand par hasard elle triomphait, évidemment, la perspective changeait. Mais, grâce ) Dieu, il lui arrivait encore assez souvent d’être écrasée. »

« Il n’est pire gogos du pouvoir que certains anciens révolutionnaires. »